La filière pomme de terre dispose désormais d’une feuille de route pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. L’étude menée par Agrosolutions pour le compte du CNIPT et du GIPT met en lumière des pistes concrètes et mesurables. Vous apprendrez ici où agir en priorité et comment la filière peut avancer collectivement.
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Un diagnostic clair : qui émet quoi ?
L’analyse couvre toute la chaîne du frais, de la production agricole au transport des produits conditionnés. Elle révèle une répartition assez équilibrée des émissions. Le conditionnement représente environ 35 % des émissions, principalement à cause de la production et de la fin de vie des emballages.
La phase agricole pèse pour près de 30 %, avec la fertilisation azotée comme poste majeur. Le transport représente environ 25 % et le stockage environ 11 %. Ces chiffres servent de base pour cibler les efforts.
Les leviers concrets par maillon
Au champ : réduire l’empreinte de la fertilisation
La fertilisation constitue un levier central. Plusieurs solutions montrent un fort potentiel.
- Engrais azotés décarbonés : adopter ces produits réduit directement les émissions. Leur disponibilité et leur coût restent cependant des freins.
- Outils d’aide à la décision : cartes de besoins, capteurs, prévisions météo. Ils permettent d’ajuster les apports et d’éviter les surdosages.
- Fractionnement des apports : répartir la fertilisation en plusieurs interventions améliore l’efficacité.
- Optimisation des engrais organiques : mieux valoriser les effluents et composts réduit la dépendance aux fertilisants minéraux.
Au stockage : économies d’énergie et réfrigérants moins polluants
Le stockage offre des pistes techniques immédiates. Elles demandent des investissements mais elles préservent la qualité des tubercules.
- Optimisation des températures et gestion fine des cycles de refroidissement.
- Amélioration de la ventilation et récupération de chaleur pour réduire la consommation.
- Bâtiments mieux isolés et plus performants énergétiquement.
- Fluides frigorigènes à faible PRG pour diminuer l’impact direct des fuites.
Pour les emballages : moins de matière, plus de recyclé
Le conditionnement est un point clé. Les solutions identifiées réduisent à la fois le carbone et le volume de déchets.
- Réduction de la quantité de matière : repenser les formats et l’épaisseur des films.
- Intégration de plastiques recyclés ou biosourcés pour diminuer l’empreinte carbone des emballages.
- Emballages recyclables et amélioration des filières de collecte et de tri.
Transport : logistique optimisée et carburants alternatifs
Des gains significatifs sont possibles sans remettre en cause la qualité service.
- Biocarburants et autres solutions de substitution au diesel.
- Optimisation des tournées et meilleure planification pour réduire les kilomètres parcourus.
- Amélioration du taux de remplissage des camions pour diminuer les trajets à vide.
Obstacles à lever
Les leviers existent, mais leur déploiement bute sur des freins réels. Le premier est économique. Les engrais décarbonés, les stocks performants ou les matériaux recyclés coûtent plus cher aujourd’hui.
Des limites techniques subsistent. Certains acteurs manquent de références opérationnelles. Le cadre réglementaire et la disponibilité des produits sont aussi des freins. Enfin, la maîtrise de certains leviers demande du temps et des compétences nouvelles.
Une démarche collective : qui fait quoi ?
L’étude insiste sur l’impératif d’agir collectivement. La décarbonation ne peut reposer sur un seul maillon. Voici des actions pratiques à engager rapidement.
- Mutualisation des investissements en R&D pour réduire les coûts unitaires des innovations.
- Standards filière pour harmoniser les pratiques et faciliter la traçabilité bas carbone.
- Contrats avec bonus bas carbone pour rémunérer les efforts des producteurs et conditionneurs.
- Structuration des filières de recyclage pour garantir le débouché des matériaux recyclés.
- Communication collective vers les enseignes et les consommateurs pour valoriser les progrès.
Que retenir et quelles prochaines étapes ?
L’étude d’Agrosolutions marque une première étape structurante. Elle recense près d’une centaine de leviers classés selon leur potentiel, leur maturité et leur coût. Certains peuvent être déployés rapidement. D’autres demandent des investissements et un cadre partagé.
Si vous faites partie de la filière, commencez par prioriser les actions à fort impact et faible coût. Cherchez des partenariats pour mutualiser les dépenses. Et surtout, engagez le dialogue avec les acheteurs et les pouvoirs publics pour sécuriser la transition. La trajectoire est tracée. Reste à la suivre ensemble.


